PROTOCOLES D'ÉVALUATION

Choisir les bons outils!

Quels types d’outils choisir pour évaluer la personne âgée?

La planification de la démarche d’évaluation n’est pas la simple compilation d’outils de mesure. Les protocoles peuvent varier en fonction du contexte, de la population à évaluer et des objectifs de l’évaluation. Toutes les formes possibles d’évaluation sont valables, des formes les plus standardisées aux formes les plus libres, si elles sont pertinentes dans le contexte de la démarche. Ce qui est important c’est de bien répondre aux objectifs de l’évaluation avec la rigueur requise, d’être pertinents dans le contexte et d’avoir un jugement clinique sûr pour interpréter les résultats.

Il existe plusieurs outils pour évaluer l’évaluation de l’état de santé des personnes âgées. Ces outils sont généralement conçus pour atteindre des objectifs d’évaluation précis et, dans ce contexte, n’ont souvent pas les qualités requises pour être utilisés à d’autres fins. Par exemple, un outil conçu pour dépister les personnes ayant une atteinte cognitive ne sera probablement pas l’outil idéal pour mesurer les changements dans l’état cognitif de la personne dans le temps. Les concepteurs n’auraient pas eu les mêmes préoccupations quant aux qualités métrologiques dans ces deux contextes. Il est donc primordial que l’évaluateur détermine précisément l’objectif de sa démarche d’évaluation et choisisse un outil qui a été conçu à cette fin.

Voici les objectifs d’évaluation qui prévalent le plus souvent en milieu clinique :

Les tests de dépistage sont souvent utilisés pour aider les professionnels à poser un diagnostic. Ces outils permettent de classer les personnes évaluées selon qu’elles aient ou non une caractéristique recherchée. Par exemple, un test de dépistage pourrait révéler si une personne a ou non une déficience de l’équilibre. Avec cette information, le professionnel pourra décider du type d’intervention qu’il offrira à cette personne.

Il existe plusieurs tests dont l’objectif premier est la collecte rigoureuse d’information. Les résultats de ces évaluations sont utilisés pour renseigner les professionnels de la santé ainsi que la personne évaluée et ses proches sur certains paramètres de son état de santé. Une fois documentés, ces paramètres permettent aux professionnels de prédire une situation, d’orienter les services ou encore de planifier une intervention. Par exemple, pour planifier le retour à domicile d’une personne après une hospitalisation, il est intéressant de connaître le nombre d’heures de soins qu’elle requiert et les activités pour lesquelles la personne aura besoin d’aide

Le processus d’évaluation est aussi fréquemment utilisé pour mesurer l’évolution de certains paramètres de l’état de santé de la personne évaluée à des fins précises. D’une part, les professionnels de la santé utilisent ce type de test pour s’assurer de l’efficacité d’un traitement ou d’une intervention en mesurant le changement dans l’état de santé d’une personne. Par exemple, le physiothérapeute qui travaille l’équilibre postural d’une personne voudra mesurer les changements ou idéalement l’amélioration de l’équilibre au cours de son intervention. D’autre part, ces tests peuvent aussi être utiles auprès des personnes vivant une maladie dégénérative, comme la maladie d’Alzheimer, pour évaluer le déclin associé à la maladie

Comment choisir le bon outil?

Pour le professionnel de la santé, la première étape de l’évaluation auprès de la personne âgée est de choisir les protocoles ou les outils qui lui permettront de recueillir les informations qu’il requiert, selon le contexte précis de la démarche d’évaluation qu’il planifie. L’objet de l’évaluation guide donc le choix des outils d’évaluation pertinents.

Les protocoles peuvent regrouper diverses formes d’évaluation :

L’entretien :  Entrevue libre avec la personne (questionnement), la démarche s’organise en fonction des informations recueillies sur le moment.
L’observation libre : Observer la personne accomplir la tâche sans guide précis sur les éléments à observer, observation plus subjective.
L’observation guidée : Observer une situation ou une performance en notant des informations prédéterminées qu’on retrouve souvent dans une grille.
Les outils de mesure
d’habiletés, de capacités
ou de fonctions :
Outils d’évaluation d’une ou d’un ensemble d’habiletés, de
capacités qui sont plus unitaires, comme la force, l’amplitude articulaire, la concentration, la tristesse, etc. Ces outils sont souvent standardisés, comportant une méthode et des listes d’éléments très précis à évaluer.
Les outils de mesure de concepts plus globaux (p. ex. autonomie, occupations, état cognitif, sécurité) : « Protocoles » où sont regroupées un ensemble d’habiletés, de fonctions, etc., qui composent un ou des concepts plus globaux à évaluer. Par exemple, la mesure de l’état cognitif qui est composé d’un ensemble de fonctions cognitives, notamment l’attention, la concentration, l’orientation, la mémoire, le jugement, le langage, etc.

Dans le cadre de l’évaluation de la personne âgée, le professionnel de la santé doit toujours considérer l’atteinte que vit la personne dans le contexte global du vieillissement. C’est-à-dire qu’il doit prendre en compte les changements vécus par la personne en raison de son vieillissement qui ne sont pas en soi de nature pathologique. Le choix d’une évaluation multidimensionnelle et interprofessionnelle peut faire en sorte que l’information recueillie soit plus globale, plus précise, plus exacte, plus centrée sur la personne, ses besoins réels et son plein potentiel.

Quelle information permet d’évaluer la fiabilité d’un outil de mesure?

La pénurie de ressources matérielles et humaines dans le milieu de la santé affecte l’ensemble des professionnels de la santé. Pour les professionnels surchargés, la contrainte de temps devient un critère important dans le choix des protocoles ou des outils à adopter. Dans ces conditions, ils s’attendent à ce qu’un test donne des résultats précis et informatifs qui représentent bien la réalité documentée à la fin d’une démarche d’évaluation suffisamment courte pour laisser autant de temps que possible à l’intervention. Pour s’assurer de toutes ces qualités, les outils de mesure sont conçus et étudiés par des chercheurs pour en déterminer les qualités métrologiques. Sans remplacer le jugement clinique de l’évaluateur, un outil robuste offre des résultats fiables auxquels l’évaluateur peut se référer en toute confiance.

Voici quelques définitions des qualités métrologiques qui peuvent vous aider à comprendre les critères d’un bon test.

VALIDITÉ

Un test est valide quand il mesure effectivement ce qu’il prétend mesurer. Il y a diverses façons d’étudier cette qualité. Souvent, les chercheurs font appel à trois sous-concepts : la validité de contenu, de critère et de construit.

VALIDITÉ DE CONTENU

La validité de contenu fait référence à la couverture du concept à mesurer, à savoir que l’ensemble des éléments qui constituent le test représentent bien le concept d’intérêt. Pour étudier cette qualité métrologique, des experts examinent en profondeur le contenu d’un test selon diverses techniques et analyses, telles les groupes consultatifs d’experts ou les analyses factorielles ou de regroupements. Par exemple, un outil valide qui mesure bien l’autonomie fonctionnelle devrait être multidimensionnel puisqu’il couvre un ensemble assez vaste d’activités (soins personnels, travail, loisirs, etc.) qui composent le quotidien de la personne évaluée.

VALIDITÉ DE CRITÈRE

La validité de critère permet de déterminer si un test nouvellement conçu donne des résultats comparables à ceux obtenus avec d’autres tests reconnus (golden standards) qui prétendent mesurer le même concept. Elle permet aussi de vérifier qu’un test ne mesure pas le même concept qu’un autre qui prétend mesurer autre chose. Pour évaluer cette qualité métrologique, les chercheurs comparent les résultats obtenus avec un test à ceux obtenus avec un autre test reconnu qui mesure le même concept. Par exemple, un nouveau test qui mesure la présence d’un affect dépressif a une bonne validité de critère si les résultats obtenus sont comparables à ceux obtenus avec un test reconnu qui mesure lui aussi la présence d’une dépression et devrait avoir des résultats différents de ceux obtenus avec un test qui mesure la présence d’une atteinte neurocognitive.

VALIDITÉ DE CONSTRUIT

La validité de construit évalue si les concepteurs du test à l’étude ont bien réussi à convertir les concepts à évaluer en mesures applicables pour la population cible. Pour étudier cette qualité métrologique, tout comme la validité de contenu, des experts examinent le test en profondeur pour déterminer si ses éléments représentent adéquatement les éléments du concept à mesurer. Par exemple, les experts pourront établir si les énoncés ou les tâches proposées dans un outil qui permet de mesurer l’équilibre représentent bien les éléments qui composent cette fonction.

Pour compléter l’étude de la validité, la sensibilité et la spécificité des outils sont parfois étudiées, quand le contexte ou l’objet d’évaluation s’y prêtent.

SENSIBILITÉ

La sensibilité d’un test détermine sa capacité à identifier toutes les personnes qui possèdent une caractéristique recherchée. Un test parfaitement sensible permet à l’évaluateur d’avoir confiance qu’une telle démarche de dépistage lui permette de trouver toutes les personnes qui ont l’atteinte d’intérêt, sans avoir produit de faux négatifs. Par exemple, un test de dépistage de l’atteinte neurocognitive qui a une excellente sensibilité permet d’identifier toutes les personnes, ou presque, qui ont une telle atteinte.

SPÉCIFICITÉ

La spécificité détermine la capacité d’un outil de détecter uniquement les personnes qui présentent la caractéristique recherchée. Un outil parfaitement spécifique permet d’identifier uniquement les personnes atteintes, sans produire de faux positifs. Reprenant l’exemple précédent, un outil de dépistage parfaitement spécifique permet à l’évaluateur de penser qu’il n’aura dépisté que les personnes ayant une atteinte neurocognitive et non pas d’autres qui pourraient avoir des atteintes différentes.

Un autre concept important quand il est question des qualités métrologiques est la fidélité des résultats, à savoir leur stabilité.

FIDÉLITÉ

La fidélité fait référence à l’idée selon laquelle les résultats obtenus avec l’outil sont stables, et ce, à plusieurs égards, soit la constance à l’intérieur même du groupe d’éléments évalués, la stabilité des résultats dans le temps et chez plusieurs évaluateurs.

CONSISTANCE INTERNE

La consistance interne représente la nature uniforme du test du début à la fin. Pour la mesurer, il faut comparer les résultats obtenus avec chacun des éléments entre eux. Par exemple, pour un outil qui regroupe 10 questions, il faut comparer les résultats obtenus avec la première aux neuf autres et ainsi de suite pour chacune des 10 questions. Cette analyse offre un coefficient nommé l’alpha (α) de Cronbach. Un α près du 1 indique que les résultats sont constants du début à la fin du test. Il faut cependant concevoir que cette analyse n’est pertinente que dans la situation où l’outil mesure un concept unidimensionnel, comme un outil qui mesure l’affect dépressif.

TEST-RETEST

La fidélité test-retest fait référence à la stabilité des résultats dans le temps. Un test permettant d’obtenir des résultats stables dans le temps peut être un bon outil de mesure du changement, car l’évaluateur peut considérer que si les résultats changent dans le temps, ce n’est pas une erreur de mesure, mais bien le constat que la situation de la personne a changé. Pour mesurer la fidélité test-retest, il faut comparer les résultats obtenus avec le même outil à des deux moments différents. Cette analyse offre un coefficient de corrélation. S’il est près du 1, les résultats obtenus avec un outil sont relativement stables dans le temps.

INTERJUGES

La fidélité interjuges est un concept de stabilité très semblable à celui de la fidélité test-retest. Par contre, il fait référence à la stabilité des résultats obtenus avec un outil quand l’évaluation est réalisée au même moment par deux évaluateurs différents. Pour la mesurer, il faut comparer les résultats obtenus par plusieurs évaluateurs au même moment. Cette analyse offre un coefficient de corrélation. S’il est près du 1, les résultats sont relativement stables entre les évaluateurs. Ce concept permet donc de vérifier l’influence que l’évaluateur peut avoir sur les scores obtenus à l’aide des outils.

Les qualités métrologiques des outils sont grandement influencées par leur degré de standardisation. Celui-ci assure que le processus de passation et de cotation est plus ou moins semblable d’un évaluateur à l’autre ou d’un moment d’évaluation à l’autre. Habituellement, plus les directives de passation et de cotation sont détaillées et prescriptives, plus l’outil sera reconnu comme standardisé. Certaines démarches d’évaluation se prêtent bien à la standardisation, d’autres moins.

Si la question des qualités métrologiques des outils vous intéresse, vous pouvez consulter le glossaire suivant proposé aux étudiants en ergothérapie à l’Université d’Ottawa.

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