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Whiplash cervical

 

Anglais : cervical whiplash syndrome, axial neck pain syndromes, whiplash associated-disorders

Description / définition

Le syndrome du whiplash cervical ou «coup de fouet» cervical est un trouble clinique affectant la colonne cervicale, pouvant être aigu ou chronique. Il est le plus souvent secondaire à un accident où il y a décélération rapide et violente qui provoque un mouvement de flexion/extension extrême du cou. Bien que cette atteinte soit très commune, plusieurs mystères restent cependant à élucider dans sa compréhension. En raison de l’invalidité qui peut en découler à long terme, le whiplash constitue un important fardeau sur les plans personnel et sociétal.

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Quelques présentations « grand public » de cette atteinte sont proposées dans le Web. En voici quelques-unes :

Données populationnelles

Environ 10% des adultes canadiens souffrent de douleurs au niveau du cou et de la nuque, aussi appelées cervicalgies. Cependant, l’atteinte à la source de cette douleur cause un déficit neurologique chez seulement 1% de ces personnes.

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Le whiplash cervical découlant d’une collision automobile est assez fréquent. Dans les plus récentes études européennes et nord-américaines, on estime qu’environ 300 personnes sur 100 000 se retrouvent à l’urgence suite à une telle atteinte. Approximativement 50% des adultes qui subissent un whiplash cervical rapportent des symptômes de cervicalgies un an après l’incident, selon une revue systématique de 47 études [3].

Étiologie et facteurs de risques

Le syndrome du whiplash cervical résulte d’un mouvement brusque de flexion ou d’extension de la colonne cervicale, le plus souvent causé par un événement traumatique, l’accident d’automobile étant le facteur le plus fréquent.

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Les facteurs de risques les plus souvent identifiés, pour l’occurrence d’un whiplash ou sa sévérité, sont :

  • Sexe féminin
  • Jeune âge
  • Historique de cervicalgies
  • Collision automobile arrière ou lorsque le véhicule est arrêté
  • Sévérité de la collision
  • Travail sédentaire

Pathogenèse

Quoique la pathogenèse du whiplash demeure imprécise à ce jour, il existe une hypothèse selon laquelle le mouvement soudain et violent de flexion/extension cervical lors d’un trauma provoque un saignement microvasculaire et la libération locale de médiateurs de l’inflammation qui seraient responsables des symptômes durant la phase aiguë de l’atteinte. Suite au whiplash cervical, des blessures atteignant les tissus mous, les nerfs spinaux, les disques intervertébraux, le ligament longitudinal postérieur, les ligaments inter-épineux, les ligaments alaires (occipito-odontoïdiens latéraux), les facettes des vertèbres et d’autres structures osseuses peuvent survenir et provoquer la douleur et les autres symptômes vécus par la personne.

Une vidéo intéressante de la pathogenèse du whiplash est proposée dans le Web au : http://www.santepratique.fr/coup-lapin-traumatisme-cervical.php (1m 40s).

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Signes et symptômes

Les personnes qui subissent un whiplash cervical peuvent présenter des symptômes s’exprimant pendant quelques semaines, mais aussi sur plusieurs années, selon la sévérité de l’atteinte. Voici les principaux symptômes associés à ce problème de santé :

  • Douleur au niveau du cou (cervicalgie) et parfois au niveau des bras;
  • Spasmes musculaires;
  • Rigidité musculaire;
  • Perte de l’amplitude de mouvement au niveau du cou;
  • Céphalées occipitales;
  • Étourdissements;

Paresthésie ou anesthésie des territoires desservis par les racines nerveuses cervicales atteintes.

Démarche et outils diagnostics

La démarche diagnostique du whiplash est initiée, le plus souvent, par un examen clinique, suite à un accident vécu par la personne. Il sera complété par l’examen radiologique.

Le Groupe de travail québécois sur les aspects cliniques des atteintes vertébrales chez les travailleurs a  élaboré, en 1995, la classification la plus utilisée à ce jour dans la démarche diagnostique des différents types de whiplash.

Classification du Groupe de travail québécois sur les aspects cliniques des affectons vertébrales chez les travailleurs

(Sterling, M. (2014). Physiotherapy management of whiplash-associated disorders (WAD).)

ClasseÉvolution clinique
0 La personne ne se plaint pas de douleurs au cou et ne présente aucun signe physique apparent. 
I La personne se plaint de douleurs au cou et ressent une rigidité de même qu’une sensibilité au toucher. Toutefois, aucun signe physique n’est apparent. 
II La personne se plaint de douleurs au cou localisée et l’amplitude de mouvements est réduite. 
III La personne se plaint de douleurs au cou et présente des signes neurologiques tels que la diminution ou l’absence des réflexes tendineux profonds, la faiblesse musculaire et des déficits sensoriels. 
IV La douleur au cou s’accompagne d’une fracture ou d’une dislocation. 

L’évaluation clinique de la colonne cervicale se fera en plusieurs étapes :

  1. Observation de la posture cervicale en mouvement et au repos;
  2. Estimation de l’amplitude de mouvement;
  3. Palpation des muscles du cou (trapèze supérieur et paravertébral);
  4. Examen neurologique (réflexes, motricité et analyse sensorielle);
  5. Recherche des signaux des neurones moteurs supérieurs;
  6. Examen de l’épaule pour détecter la douleur liée à l’amplitude articulaire.

Dans le cas précis du whiplash cervical, la douleur et l’atteinte fonctionnelle doivent être évaluées en premier lieu. L’examen physique recommandé s’apparente à l’évaluation routinière utilisée pour les blessures ou troubles de la colonne vertébrale à quelques différences (ajouts) près.

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Selon la gravité du traumatisme et certaines caractéristiques de la personne, les tests d’imagerie peuvent être recommandés. Toutefois, l’imagerie à résonance magnétique (IRM), la tomodensitométrie (CT), les rayons X et la scintigraphie osseuse révèlent souvent peu d’anomalies dans le cas du whiplash cervical. Chez certaines personnes, ces tests peuvent aider à confirmer le diagnostic, notamment lorsqu’ils permettent de découvrir une fracture ou une atteinte neurologique, dans les cas de whiplash sévère (classes III et IV). Les personnes qui éprouvent des symptômes de cervicalgie sur une période de plus de six semaines devraient avoir un suivi radiologique pour déceler les causes exactes de la cervicalgie.

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Conditions associées

Certaines conditions peuvent être associées au whiplash ou être une conséquence fréquente, soit par la nature même de l’atteinte ou du trauma qui en est la cause :

  • Autres cervicalgies
  • Troubles temporo-mandibulaires
  • Entorse cervicale
  • Douleurs myofasciales

Intervention médico-chirurgicale

Les personnes qui subissent un traumatisme sévère à la tête ou au cou doivent être prises en charge rapidement. La première étape consiste en l’immobilisation de la colonne vertébrale pour transporter la personne de façon sécuritaire jusqu’au centre de soins de santé le plus près.

Dans un second temps, une approche interdisciplinaire sera à prioriser dans le traitement du whiplash, afin de considérer autant les composantes physiques, psychologiques que sociales de la situation. Aucune intervention médico-chirurgicale n’étant démontrée meilleure que les autres, les études cliniques conduisent à la conclusion que le plan d’intervention doit être propre à chaque personne. Celui-ci variera selon le contrôle voulu de la douleur, la durée (whiplash aigü ou chronique) et la sévérité des symptômes. Il est étonnant de constater que les recherches menées jusqu’à ce jour sur le traitement de ce trouble clinique sont peu nombreuses, et ce, même si le whiplash a souvent des conséquences psychologiques, personnelles et économiques importantes. Plusieurs avenues thérapeutiques nécessiteraient une exploration plus approfondie. Malgré ce fait, les objectifs de traitement prônés sont de : diminuer la douleur, l’irritabilité musculaire et les spasmes, rétablir la lordose cervicale normale et regagner l’état fonctionnel antérieur de la personne.

Traitement du whiplash aigu (0 à 12 semaines)

Les recommandations cliniques les plus actuelles prônent le retour aux activités et exercices physiques habituels de la personne. Bien que peu soutenue dans les écrits scientifiques, la prescription d’exercices semble s’avérer plus efficace que l’immobilisation du cou par le port d’un collet cervical. D’ailleurs, le port d’un tel dispositif en continu est déconseillé. Par contre, en petites périodes, il peut soulager la personne lorsque l’intensité de la douleur est accrue au mouvement et affecte les activités quotidiennes, notamment le sommeil. Il est alors recommandé de porter le collet cervical quelques heures consécutives seulement pendant quelques jours. Les personnes qui optent pour le port en continu du collet pourraient voir leurs muscles de la région cervicale s’atrophier.

Les exercices d’étirement à faire à la maison sont souvent utiles une fois que les symptômes de la phase aiguë ont été contrôlés. Ceux-ci permettent aux personnes de prendre part activement à leur processus de rétablissement. On recommande souvent les exercices suivants, à raison de séries de 10 à 15 répétitions:

  • Rotations du cou
  • Inclinaisons de la tête vers l’avant, l’arrière et les côtés
  • Roulements des épaules

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Différents changements posturaux s’avèrent primordiaux pour aider la personne atteinte de cervicalgie à soulager ses symptômes :

  • Adopter une position assise droite avec les épaules vers l’arrière;
  • Conduire avec les épaules légèrement relevées;
  • Éviter le port de sac en bandoulière ou sac à dos;
  • Aligner le cou et la tête avec le corps lors du sommeil pour relaxer les longs muscles spinaux et éviter l’extension des muscles cervicaux;
  • Changer fréquemment de position (ex.: emplois sédentaires);
  • Conserver une posture neutre.

L’intervention pharmacologique se limite généralement à la gestion immédiate de la douleur. Voici quelques catégories de médicaments qui peuvent être prescrits aux personnes atteintes d’un whiplash :

  • Acétaminophène
  • Anti-inflammatoires non stéroïdiens
  • Analgésiques opioïdes légers
  • Myorelaxants

La manipulation vertébrale est une thérapie manuelle impliquant le mouvement des articulations au-delà de leur amplitude de mouvement habituelle, ne dépassant pas l’amplitude anatomique. Quoique l’usage de ce type de thérapie soit peu soutenu dans les écrits scientifiques, elle peut s’avérer utile si les autres approches thérapeutiques sont sans résultats.

La chirurgie est très rarement utilisée pour soigner les personnes qui souffrent uniquement d’une cervicalgie axiale comme celle retrouvée dans le whiplash.

Traitement du whiplash chronique (> 12 semaines)

La physiothérapie occupe une place importante dans le traitement des personnes souffrant d’un whiplash chronique. Cette intervention a pour principal but de promouvoir l’autonomie de la personne grâce à l’éducation et aux exercices. La combinaison d’exercices à d’autres thérapies, par exemple la massothérapie ou la neurostimulation électrique transcutanée (qui reste à être démontrée plus avant dans les écrits scientifiques), s’est avérée efficace, dans les études scientifiques, pour aider les personnes à vivre avec leur whiplash chronique.

L’intervention pharmacologique peut aussi être une avenue d’intervention pour les symptômes psychologiques, avec les antidépresseurs inhibiteurs de la recapture de neurotransmetteurs à double action, ou pour soulager la douleur neuropathique (ex: antidépresseurs tricycliques).

La thérapie cognitivo-comportementale permet un soulagement de la cervicalgie par le biais de la relaxation, de techniques de réduction du stress et par la gestion de la douleur.

Pronostic et séquelles fonctionnelles

Les méthodes de traitement médicales et paramédicales conservatrices les plus fréquemment utilisées contribuent généralement au soulagement des symptômes du whiplash en quelques semaines. C’est d’ailleurs dans les premiers mois suivants l’incident causal qu’aura lieu la plus importante récupération. Toutefois, les cervicalgies axiales sévères peuvent entraîner, entre autres, des maux de tête durant une plus longue période.

Le taux de récupération total associé au whiplash cervical est de 50%. De six mois à un an après avoir vécu cette atteinte, 50% des personnes souffrent encore de douleurs ou d’une invalidité. Ces séquelles sont observées surtout chez les personnes qui vivent une atteinte psychologique concomitante. La persistance de la cervicalgie sera associée à un plus haut niveau d’invalidité et à une capacité fonctionnelle moindre.

Plusieurs facteurs psychosociaux tels qu’un faible niveau d’éducation chez la personne ou le fait de ne pas porter de ceinture de sécurité en voiture ont un impact nocif sur la durée et la sévérité des symptômes liés à ce trouble clinique.

Références

(1) Carroll L. J., Holm L. W., Hohh-Johnson S., Côté P., Cassidy J. D., Haldeman, S., … Guzman, J. (2008). Course and prognostic factors for neck pain in whiplash-associated disorders (WAD): results of the Bone and Joint Decade 2000-2010 Task Force on Neck Pain and Its Associtated Disorders. 33(4 suppl). cité par Isaac, Z. (2015). Evaluation of the patient with neck pain and cervical spine disorders. Up to Date. Récupéré le 25 mai du site Up to Date:
http://www.uptodate.com/contents/evaluation-of-the-patient-with-neck-pain-and-cervical-spine-disorders?source=machineLearning&search=whiplash&selectedTitle=1~24&anchor=H6&sectionRank=1#H6 

(2) Isaac, Z. (2015). Evaluation of the patient with neck pain and cervical spine disorders. Up to Date. Récupéré le 25 mai du site Up to Date:
http://www.uptodate.com/contents/evaluation-of-the-patient-with-neck-pain-and-cervical-spine-disorders?source=machineLearning&search=whiplash&selectedTitle=1~24&anchor=H6&sectionRank=1#H6 

(3) Z. (2015). Treatment of neck pain. Up to Date. Récupéré le 13 juin du site Up to Date: http://www.uptodate.com/contents/treatment-of-neck-pain?source=see_link 

(4) Mehta, N. R. (2014). Overview of Temporomandibular Disorders. Merck Manual Professional Version. Récupéré le 13 juin du site : http://www.merckmanuals.com/professional/dental-disorders/temporomandibular-disorders/overview-of-temporomandibular-disorders 

(5) Ritchie, C. Hendrikz, J., Jull, G., Elliott, J., Sterling, M. (2015). External Validation of a Clinical Prediction Rule to Predict Full Recovery and Ongoing Moderate/Severe Disability Following Acute Whiplash Injury. Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy. 45(4). 242-250. doi: 10.2519/jospt.2015.5642

(6) Sterling, M. (2014). Physiotherapy management of whiplash-associated disorders (WAD). Journal of Physiotherapy 60:5-12. 5-12. Récupéré le 21 juin 2015 du : http://www.elsevier.com/locate/jphys

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